Aleida Guevara à la Cave poésie

Aleida Guevara à la Cave poésie – France-Cuba rencontre Aleida Guevara, fille d’Ernesto. Participation du Comité 31, FAL, Le Grand Soir, CIAM. Médecin engagée, elle ravive l’image du Che.

Aleida Guevara à la Cave poésie

Toulouse, encore suspendue aux rayons du crépuscule, soupire et replie ses tièdes tentacules avant de nous bercer dans sa torpeur nocturne.

Une voie étroite nous mène aux sourdes palpitations de son cœur, l’antre rouge et obscure de la Cave Poésie.

L’endroit confiné nous plonge dans un bain moite et humain qui se densifie de minute en minute, dans l’attente fébrile d’une invitée peu ordinaire : la fille du Che.
Aleida Guevara à la Cave poésie

En effet, dans le cadre des Chantiers d’Art Provisoire, événement à l’entrée libre et gratuite, c’est à l’initiative de Serge Pey, poète actif et créatif, avec son ami Maxime Vivas, écrivain et administrateur du Webzine Le Grand Soir, que les membres de France-Cuba ont été invités le lundi 28 septembre à rencontrer Aleida Guevara.

Le Comité toulousain France-Cuba, France-Amérique-Latine, Le Grand Soir et le CIAM ( Centre d’initiative Artistique du Mirail) ont participé à sa venue. Médecin d’un hôpital pour enfants de la Havane à Cuba, Aleida a aussi pratiqué en Argentine, au Nicaragua, en Angola, au Brésil, à Haïti…

Politiquement engagée, elle ravive l’image légendaire du révolutionnaire Ernesto Che Guevara d’une émotion familière qui nous le rend bien plus proche et actuel qu’on ne pouvait l’imaginer. La salle est comble, la foule s’entasse, et Serge Pey monte sur l’estrade :>

« Le Che n’a pas seulement été un combattant héroïque, mais aussi un penseur révolutionnaire, le porteur d’un projet politique et moral, d’un ensemble d’idées et valeurs, pour lesquelles il a lutté et donné sa vie.

La philosophie qui donne à ses options politiques et idéologiques sa cohérence, sa couleur, sa température, est d’un profond humanisme révolutionnaire.

Pour le Che, le véritable communiste, le véritable révolutionnaire, était celui qui considère les grands problèmes de l’humanité comme ses problèmes personnels, je cite :

« celui qui est capable de sentir une angoisse quand on assassine un homme, quelque part dans le monde, et d’être exalté quand se lève un nouveau drapeau de la liberté » », scande-t-il avec passion.

Il rappelle les circonstances de l’assassinat du Che en présence de la CIA en Bolivie ; son exécuteur, MarioAleida Guevara à la Cave poésie Terán, a pu retrouver la vue grâce aux dispenses humanitaires des médecins cubains par l’Operación Milagro pour la cataracte, alors même qu’il a définitivement fermé les yeux du héros international. La voix claire d’Aleida s’élève enfin, invitant, l’air de rien, le public à partager cet humour espiègle et décalé propre à la population cubaine. Quelques rires complices fusent et aussitôt, comme part miracle, l’atmosphère s’allège.

« Très bon soir à tous. Comme vous l’entendez je ne parle que castillan. Mon papa parlait très bien le français, sa mère le lui avait enseigné. Mais lui n’a pas eu le temps de nous l’apprendre.

De toutes façons, je ne suis vraiment pas douée pour les langues.

J’ai vécu deux ans en Angola, et comprends parfaitement le portugais, je le lis, mais suis incapable de le parler… par respect pour la langue. (rires).

On a commencé de façon très mélo-dramatique ce soir…

On perçoit d’avantage le Che comme quelqu’un de jeune et proche des jeunes.

Et je pense que c’est ce qu’il faut arriver faire : le garder très proche de nous, et continuer de dialoguer avec lui, si nous sommes capable de l’entendre et le lire à travers les mots qu’il nous a laissés.

De très nombreuses personnes ont commencé à écrire sur le Che, mais malheureusement tous n’ont pas réussi ; c’est pour cela que je recommande de lire d’abord et avant tout le Che.

Tout jeune il écrivait déjà ce qu’il vivait ainsi que des poèmes, quoiqu’il ne les aimait pas. S’il avait appris leur publication, il en aurait été particulièrement furieux.

En revanche, sa prose est excellente. Il savait parfaitement décrire les lieux qu’il traversait et on peut très bien les imaginer en le lisant. »

Pour replacer le contexte, Aleida témoigne alors de ses nombreux passages en Argentine, travaillant avec les Camarades de la Solidarité. Cela fait 3 ans qu’elle s’est aussi engagée dans une autre organisation : « Un monde meilleur est possible », lui offrant le privilège de se rendre dans les lieux les plus inaccessibles d’Argentine.

Sa rencontre avec les Mapuches fait partie des expériences extraordinaires qu’elle n’a pas le temps de nous détailler ici :

« On se sent mal, parce qu’on se plaint de la vie que l’on a, sans se rendre compte de comment vit la majorité de l’humanité. »<

Dans un autre village, en une seule journée de travail, elle et une collègue pédiatre ont vu 60 enfants, tandis que quatre ophtalmologues ont consulté 600 patients, parce qu’il est rare que les spécialistes se rendent dans ces lieux.

Aleida Guevara à la Cave poésie
Ernesto Guevera

La fille du Che explique que malgré tous les efforts opérés avec sa Brigade en Argentine, il en reste énormément à faire.

Et c’est dans des conditions relativement similaires que son père, jeune médecin à une autre époque, commence à découvrir certaines réalités sur la pauvreté des masses populaires en faisant le tour de son pays et écrit ce poème : « Vieja Maria » (voir ici).

Après un second périple consigné dans le Carnet « Voyage à motocyclette », c’est au cours du 3ème, toujours pour tenter de remédier aux conditions sanitaires désastreuses des peuples d’Amérique Latine, qu’il rencontre Fidel Castro et ses compagnons à Mexico.

Il travaille comme médecin à l’Hôpital National, où il entreprend des recherches médicales très intéressantes pour l’époque (séparation des protéines…), et Raúl Castro l’aide dans ses essais sur les allergènes. Elle récite un poème qu’il a écrit sur Palenque (lien), un des sites historiques visités au Mexique.

Il poursuit son voyage avec ses amis de Cuba et entreprend la grande traversée à bord du Granma :

« Imaginez un bateau prévu pour 4 à 5 personnes accueillant 82 hommes : ça, c’est la 1ère folie.

Par ailleurs, un seul savait naviguer. Et en plus, ils partent en novembre, la pire période pour naviguer dans les Caraïbes.

Ils ont été malades, ils se sont perdus, et enfin, miraculeusement, ils sont arrivés sur les côtes cubaines. Ils accostent au petit matin sur une zone marécageuse et tandis qu’ils s’enfoncent, l’aviation de Batista les découvre et les bombarde, c’est un moment extrêmement difficile.

Ne survécurent que 17 des 82 compagnons. Mais le commandant en chef, Fidel, compte le premier groupe et en dénombre 12.

Il déclare : « avec 12 hommes, cela suffit pour mener l’indépendance de Cuba ». Lorsque Raúl Castro raconte cette anecdote, il dit que tout le monde s’est regardé à ce moment là et a cru devenir fou.

C’est une des caractéristiques de Fidel : une grande capacité à voir au-delà de ce que nous pouvons voir. Effectivement, la révolution cubaine commença à ce moment là. »

Aleida Guevara à la Cave poésie
Aleida Guevara et Serge Pey à la Cave Poésie

Tout au long de la soirée, Aleida Guevara partage, avec un sens du comique irrésistible, des lettres et des poèmes de son père, pimentées par quelques anecdotes.

Son visage, encadré d’une chevelure argentée éclatante, reste jovial aux moments les plus émouvants.

Elle conclut en ces termes avant de chanter « Fusil contre Fusil » (de Sylvio Rodriguez) :

Á Cuba on dit : « lisez le Che et dialoguez avec l’Argentin ».

Essayez de voir ce que vous êtes en train de faire actuellement, comparez-le avec ce qu’il a fait, avec le chemin qu’il vous reste à parcourir.

Enfant, à Cuba, on disait : « pionniers pour le communisme, nous serons comme le Che ».

C’est une phrase très belle, mais arriver à être comme le Che est très difficile : c’est un homme qui a toujours étudié, a toujours respecté tous les êtres humains et ses idéaux jusqu’à la fin de sa vie.

Ce sont des hommes comme ça dont nous avons besoin. Plutôt que de dire les choses, il faut les montrer en les faisant d’abord nous-mêmes.

On ne peut jamais demander à quelqu’un de concrétiser un rêve si on n’en fait pas nous-même une réalité. L’unité est nécessaire pour obtenir suffisamment de force afin de changer la réalité. »

Audio Fusil contre fusil interprétée par Aleida :

Auteur : Anne, secrétaire du Comité Toulousain France-Cuba.

Note : voir aussi : »Aleida sur les pas de Guevara : dialogue entre un père et sa fille (Élodie Lebeau) « Interview d’Aleida Guevara » par CGT Santé

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