Brésil : la nécessité de la résistance

Brésil : la nécessité de la résistance

Brésil : la nécessité de la résistance – Au fascisme « made in Brazil  » on ne peut accorder la moindre faveur au cours de ces quatre années de mandat à venir. Au nom de Marielle Franco, de Moa et de tous les jeunes qui sont tombés des mains de la barbarie des « chemises noires » de Bolsonaro.

Brésil : la nécessité de la résistance

Brésil : la nécessité de la résistance

Le sort en est jeté. Il n’y a plus d’enquêtes qui puissent servir à esquisser des résultats impossibles à prouver.

Le fait est qu’un fasciste est arrivé à la présidence du Brésil grâce au vote de millions de personnes. La chose est grave à tout point de vue. Et pas seulement pour les locaux, mais aussi parce que ce vote se répercutera indubitablement de façon encore imprévisible sur le reste du continent.

Bolsonaro a gagné avec près de dix points d’avance grâce à de nombreux facteurs qui devront être analysés dès à présent. L’un d’entre eux, le plus fondamental, est cette insistance qui concerne de nombreux secteurs populaires. Sans tenir compte du fait que, continuer à se battre volontairement dans ce jeu de dupes revient à mettre son bras dans la gueule d’un lion affamé.

Et ce, dans le cadre de ces démocraties bourgeoises et totalement contrôlées par les ennemis des peuples

Quand allons-nous nous convaincre que, lorsqu’ils disent « démocratie », ils annoncent précisément tout le contraire de ce que nous, nous imaginons ?

Le grand piège de la démocratie authentique

Dans ces circonstances, après un nouvel essai pour jouer sur le terrain de l’ennemi, avec le leader populaire menotté et censuré, il aurait mieux valu se retirer de la compétition en dénonçant que dans ces conditions la fraude était consommée. Bolsonaro aurait gagné aussi, mais au moins le fait politique obtenu aurait été de montrer que ces institutions qui se disent « souveraines » ne le sont pas. Et qu’elles sont progressivement devenues le grand piège de la démocratie authentique : populaire, participative, issue de la base et non des campagnes d’intoxication massive.

Pour faciliter ce chemin tordu, divers éléments ont servi, comme toujours.

D’une part les ruses répétées des médias hégémoniques, menteurs, soporifiques, fabricants de scénarios aussi fictifs qu’efficaces au moment de retourner le cerveau de nombreuses personnes ayant une conscience politique zéro.

D’autre part, l’effet « Lula incarcéré ». Sûr que ça a servi de le retirer du jeu avec la violence qu’implique cette accumulation de données qui n’ont jamais été prouvées sur la corruption.

Non seulement cela, mais aussi le fait d’essayer de l’humilier jusqu’à satiété pour que son charisme n’ait pas d’influence, comme c’était le cas jusqu’à ce qu’il soit enfermé à Curitiba.

Il faudra ensuite calculer d’autres éléments incontournables. Ceux qui ont entouré la victoire de celui qui a mené une campagne électorale chargée de menaces contre les secteurs populaires. Et qui a ouvert la porte à la violence sectaire, très semblable à celle que l’Allemagne a connue sous Adolf Hitler à son époque brutale.

À cet égard, il ne faut pas oublier combien et comment ont joué les églises pentecôtistes évangéliques réactionnaires. Qui, dans leurs sermons, ont fait de Bolsonaro « l’ange du salut » et de Lula et ses disciples « les démons » à détruire.

Actes de corruption impossibles à ignorer

Une autre donnée qu’il faut prendre en compte, c’est la façon dont a fonctionné le vote anti-PT. Non seulement comme résultat de nombreux mensonges. Mais aussi d’actes de corruption impossibles à ignorer, dans lesquels plusieurs de ses dirigeants sont indubitablement tombés.

De cette façon, les assauts de la droite ont été alimentés par ces points faibles. Continuer à nier cela, à ce stade-ci, ne sert à rien. Et cela ne signifie en aucun cas qu’on doit ignorer les nombreux aspects positifs de la gestion [du PT], surtout à l’époque de Lula.

Ce n’est pas un hasard si ce sont précisément les mouvements sociaux, soutien électoral du PT à gauche, qui les premiers, ont averti à plusieurs reprises que prendre la voie du néo-développementalisme nous ferait sortir de la route. Mais beaucoup ont préféré regarder ailleurs.

Maintenant, comme l’a dit Joao Pedro Stedile du MST, et comme Fernando Haddad lui-même l’a répété dans la nuit post-électorale :

Le seul grand chemin qui reste au peuple brésilien est celui de la résistance.

Il ne sert à rien de se décourager

Pour cela, il ne sert à rien de se décourager ou de tomber dans la dépression, quelle que soit la force du coup reçu. Nombreux et nombreuses sont ceux au Brésil,- et il est nécessaire de souligner le rôle joué pendant toutes ces années par les Sans-Terre et les Sans-Abri, mais aussi la force insufflée à la lutte des femmes et des dissidences sexuelles-, qui ont un seul jour cessé de se battre.

Souvent plongé·e·s dans l’impuissance de ne pas être entendu·e·s par ceux qui avaient l’obligation de le faire et maintes fois confronté·e·s à des tueurs à gages, à des propriétaires fonciers millionnaires en hectares et en argent, à des prédateurs de la Terre Mère, à des xénophobes, des racistes ou différents types de policiers.

Pour eux et pour elles, parler de résistance est monnaie courante et, parce qu’ils font partie de ceux qui ont menacé Bolsonaro lors de la campagne électorale, ils devront certainement continuer à être en première ligne dans la bataille contre la bourgeoisie qui pille et opprime. Le but n’est pas de les laisser seuls et seules comme cela s’est produit en partie durant différentes périodes du gouvernement Temer.

Eux et elles font partie d’une avant-garde d’unité populaire qu’il faudra construire pas à pas à partir de maintenant. Et ce, en intégrant d’une façon ou d’une autre le mouvement syndical brésilien.

Au nom de Marielle Franco

Il est indispensable, là comme dans d’autres pays qui souffrent de tyrannies de droite, que leurs führers respectifs (avec Bolsonaro à leur tête) n’aient pas la gouvernance facile. Usant ainsi leur mandat autoritaire, rejetant leurs bravades et dénonçant localement et internationalement leurs brutalités. Au fascisme « made in Brazil  » on ne peut accorder la plus minime faveur au cours de ces quatre années de mandat à venir.

Au nom de Marielle Franco1, de Moa et de tous les jeunes qui sont tombés des mains de la barbarie des « chemises noires » de Bolsonaro.


Auteur : Carlos Aznarez (Resumen Latino americano), le 28 octobre 2018.

Traduction : Annie Arroyo pour France-Cuba/ Coordination française de Solidarité avec Cuba.

URL de l’article : http://www.francecuba.org/bresil-la-necessite-de-la-resistance/

Date de publication de l’article : le 05/11/2018.

Description vignette : Un Brésilien peint le portrait de l’activiste des droits de l’Homme Marielle Franco en wonder woman, le 18 mars 2018, alors que plus de 2000 personnes défilent en sa mémoire après son assassinat, le 14 mars. / Mauro Pimentel/AFP

Voir 1 note

  1. NdT : Marielle Franco : militante féministe de gauche brésilienne. Membre de l’Assemblée législative de Rio, issue des favelas. Elle a été assassinée ainsi que son chauffeur de quatre balles dans la tête le 14 mars 2018. Ses agresseurs seraient des hommes commandités par des politiques issus du parti du Mouvement démocratique brésilien (MDB) du président Michel Temer. Ils ont été emprisonnés à l’époque pour leur implication dans un vaste réseau de corruption dans les transports. Leurs noms n’avaient pas été révélés « pour ne pas nuire » à la campagne pour les présidentielles.
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