Des cartes d’anniversaire pour Ana Belén Montes

Des cartes d'anniversaire pour Ana Belén Montes


Des cartes d’anniversaire pour Ana Belén Montes – Jacqueline Roussie, qui s’occupe activement de la campagne pour Ana Belén, nous adresse ce courrier. Vous trouverez aussi le message de Miriam sa cousine, et un « récapitulatif » de l’histoire d’Ana. À vos plumes ! Annie Arroyo, France-Cuba.

Des cartes d’anniversaire pour Ana Belén Montes

Des cartes d'anniversaire pour Ana Belén Montes

Cher tous,

Le 28 février prochain, Ana Belén Montés « fêtera » ses 60 ans. En réalité un bien triste anniversaire pour elle qui vit cloitrée et malade dans sa cellule.

Son cancer l’oblige a subir des séances de radiothérapie. Depuis sa mammectomie elle ne peut pas écrire, elle ne peut donc correspondre avec sa cousine Miriam. Elle téléphone quand même tous les dimanches à sa mère qui répercute à Miriam les nouvelles.

Le Président Obama n’a malheureusement pas mis Ana dans sa liste des personnes a qui il a accordé une réduction de peine. Par contre nous nous réjouissons de celle du Portoricain Oscar Lopez Rivera, après 36 ans d’emprisonnement. Il est maintenant assigné à résidence chez lui en attendant sa libération définitive qui aura lieu à la mi-mai.

La libération d’Ana est prévue pour le 7 janvier 2023, c’est encore bien loin, et nous devons absolument arriver à obtenir du Président Trump une libération anticipée de cette femme courageuse.

Ce serait bien qu’à l’ occasion de son anniversaire nous soyons nombreux à envoyer une petite carte postale à Ana. Elle comprend le français, et ne serait-ce que lui dire qu’on pense à elle et qu’on l’embrasse, lui serait d’un grand réconfort.

Nous savons qu’elle ne la recevra certainement pas, mais elle saura quand même, par quelque gardien, qu’elle a reçu du courrier. En plus l’administration pénitentiaire verra qu’Ana commence à être connue. Attention à ne pas lui écrire un mot agressif envers l’administration des États-Unis ou autre, cela se retournerait contre elle, elle est dans une prison de haute sécurité!

Comme il faut compter une bonne dizaine de jours pour l’acheminement du courrier jusqu’à la prison, ceux qui souhaitent lui écrire doivent le faire sans trop tarder.

Son adresse :

Ana Belén Montés

N° 25037-016

FCM (Fédéral Medical Center) P.O. Box 27137

Fort Worth, TX 76127

USA

Il faut timbrer au tarif « monde » depuis la France.

Pour avoir une idée de l’impact de ce que nous faisons et pouvons faire, informez nous de l’envoi de votre carte par un simple courriel à l’adresse: kakine.roussie@orange.fr. L’an dernier, 261 personnes nous avaient fait savoir qu’elles avaient envoyé une carte à Ana pour son anniversaire…

Pour ceux qui reçoivent pour la première fois un courriel concernant Ana, nous mettons aussi les grandes lignes de son histoire en fichier joint.

Bien à vous,

Jacqueline Roussie


Message de Miriam cousine d’Ana

10 février 2017

Chers tous, je vous embrasse

Merci de continuer à être solidaires d’Ana. Comme c’est bien naturel, nous avons éprouvé des sentiments très divers : une grande joie pour le triomphe que représente pour le peuple de Porto Rico (et pour les autres camarades solidaires) le retour d’Oscar dans son pays et auprès des siens. Et d’un autre côté la tristesse de voir qu’Ana n’a pas été libérée.

Comme vous le savez, Ana se remet d‘une mammectomie et est actuellement traitée par radiothérapie. Ce traitement est déjà très angoissant pour n’importe quelle femme, alors à plus forte raison quand elle se trouve en prison, loin de ceux qui lui sont chers et de la possibilité d’explorer des traitements alternatifs. Cela a été très difficile et douloureux, vous pouvez l’imaginer. Ana a survécu à tant de choses, elle a résisté à des conditions d’enfermement si hostiles…

Je n’ai pas reçu de lettres d’elle depuis son opération, car elle ne peut se servir de sa main droite. Néanmoins, elle a un contact téléphonique avec sa mère. Elle est toujours l’objet de mesures administratives d’extrême sécurité, raison pour laquelle je m’exprime avec précautions.

À Porto Rico le Groupe de Travail continuera à appuyer Ana. Maintenant plus que jamais nous en avons besoin. Notre objectif principal est de faire connaître son cas dans ses justes perspectives : les principes pour lesquels elle a lutté, la situation historique qui a été à l’origine de son action, la maladie dont elle souffre.

Je comprends qu’une campagne éducative fera basculer l’opinion publique en sa faveur, c’est à mon sens, une chose indispensable pour plaider pour sa libération.

Je comprends aussi que la façon dont Ana se sentira appuyée et aimée rendra moins dur son enfermement. Je pense qu’il est vital d’insister sur l’appui humanitaire que mérite son cas. Nous ne devons pas non plus oublier le virage historique provoqué par les déclarations faites il y a deux ans par Obama.

Beaucoup de camarades qui travaillent dans le Groupe ont aussi travaillé pour la libération d’Oscar. Sa libération nous a inspirés en tant que peuple. Un peuple uni, combattif, et qui persévère dans ses objectifs, et finit par vaincre. J’ai confiance dans le fait que la lutte pour Ana va se diversifier et s’amplifier.

Nous fêterons son anniversaire le dimanche 26 février avec musique, poésie, et peintures, toutes inspirées d’Ana. Nous avons participé et nous continuerons à participer aux festivals populaires, aux rencontres religieuses et culturelles, aux manifestations artistiques, et à toutes les opportunités pour exposer son cas. Souhaitons que nous puissions parler directement avec elle !

Nous ne savons pas ce qui va se passer avec l’actuel gouvernement. Nous ne savons rien. Mais ne nous fermons à aucune éventualité. Pour cela il est important de continuer à faire connaître Ana. Je rêve que le jour de sa libération nous soyons nombreux à la connaître, pour pouvoir la recevoir et l’embrasser comme elle le mérite.

Merci de ne pas l’oublier, et comme dit Sean, Hasta la victoria, Siempre !
Avec affection et gratitude.
Miriam

Message de Miriam cousine d’Ana en VO

Queridos todos; los abrazo.
Gracias por continuar solidarios con Ana. Como es natural, tenemos sentimientos encontrados: una alegría grande por el triunfo que representa para el pueblo de Puerto Rico (y para otros compañeros solidarios) el regreso de Oscar a su patria y a los suyos. Y de otro lado, la tristeza de que Ana no fue excarcelada.

Como saben, Ana se recupera de una mastectomía y actualmente recibe tratamiento de radioterapia. Esto es un proceso muy angustioso para cualquier mujer, sobre todo si se sufre en una cárcel, alejada del apoyo de sus seres queridos y de la oportunidad de explorar tratamientos alternos. Ha sido muy difícil y doloroso, ya imaginarán. Ana ha sobrevivido a tanto, ha resistido condiciones de encierro tan hostiles…

No recibo cartas de ella desde su operación, por la imposibilidad de usar su mano derecha. No obstante, su mamá habla por teléfono con ella. Ella continúa sujeta a las medidas administrativas de extrema seguridad, por eso soy cautelosa con lo que expreso.

En Puerto Rico, la Mesa de trabajo continuará apoyando a Ana. Ahora más que nunca nos necesita. Nuestro objetivo principal es dar a conocer su caso en sus justas perspectivas: los principios por los que luchó, la situación histórica que impulsó su proceder, la enfermedad que sufre.
Entiendo que una campaña educativa volcará la opinión pública en favor de Ana, algo imprescindible, creo yo, para abogar por su excarcelación. Entiendo también que en la medida en que Ana se sepa apoyada y querida, aliviará su encierro. Pienso que es vital enfocar en el apoyo humanitario que merece su caso. Tampoco debemos olvidar el giro histórico que provocaron las declaraciones que hizo Obama dos años atrás.

Muchos de los compañeros que trabajan en la Mesa apoyaron también la excarcelación de Oscar. Su liberación nos ha inspirado como pueblo. Un pueblo unido, luchador, y que persevera en sus objetivos, vence. Confío en que la lucha por Ana se diversifique y se amplíe.

Celebraremos su cumpleaños el domingo, 26 de febrero, con música, poesía y pinturas, todo inspirado en Ana. Hemos y continuaremos participado en festivales de pueblo, encuentros religiosos y culturales, manifestaciones artísticas, y otras oportunidades para exponer su caso. ¡Ojala que pudiéramos conversar en persona!

No sabemos qué ocurrirá con el gobierno actual. No sabemos nada. Pero no nos cerramos ante cualquier posibilidad. Por eso es vital que continuemos mostrando a Ana. Sueño en que, el día de su liberación, mucha gente la conocerá, y podrá recibirla y abrazarla como ella merece.

Gracias por no olvidarla. Y como dice Sean,
¡Hasta la victoria siempre!
Con cariño y agradecimiento.
Miriam


Biographie d’Ana Belén Montés

Ana Belén Montés, née en 1957, est fille d’un couple de portoricains. C’est l’aînée d’une famille de quatre enfants. Son père était médecin militaire et travaillait au sein de l’armée US. Cet homme violent et autoritaire battait sa famille. Sa mère avait obtenu le divorce au bout de 16 ans de mariage. Ana avait alors 15 ans.

Après avoir obtenu une licence, puis une maîtrise en relations internationales à l’Université de Virginie, Ana est entrée à 28 ans à l’Agence de Renseignement pour la Défense du Pentagone (DIA), où elle devenait, 7 ans plus tard, analyste. Elle a eu quelques temps un emploi fictif à la représentation diplomatique à La Havane, soit disant pour « étudier » les militaires cubains. En 1998, retour dans l’Ile pour cette fois, « observer » le déroulement de la visite du Pape Jean-Paul II.

Cette femme discrète, devenue analyste de première catégorie au à la DIA, spécialiste de Cuba, avait accès à presque toute l’information sur l’Ile dont disposait la communauté du renseignement, en particulier sur les activités militaires cubaines. De par son rang, elle était membre du très secret « groupe de travail inter agences sur Cuba », qui rassemble les principaux analystes des plus hautes agences de renseignements des États-Unis, comme la CIA par exemple.

Elle a été arrêtée en 2001, jugée et condamnée à 25 ans de prison en 2002 pour espionnage : elle avait remis à Cuba, sans contre partie financière, l’information concernant les plans d’agression des États-Unis contre l’île. Elle a risqué sa vie pour défendre la petite île de Cuba de l’agression des Etats-Unis, superpuissance mondiale.

Elle n’a par contre jamais nui aux États-Unis ni à son peuple, ni même eu une telle intention, bien au contraire. Pourtant on lui a imputé d’avoir indirectement causé la mort d’un Béret Vert en soi-disant dévoilant un secret de polichinelle : l’existence d’une base secrète yankee au Salvador. Scott W.Carmichael un des acteurs de son arrestation, a écrit qu’il n’était pas sûr de sa culpabilité à ce sujet dans son livre True Believer, publié en 2007.
Voici ce qu’a déclaré Ana Belén Montés dans son plaidoyer lors de son procès, avant l’annonce de sa sentence :

« Il existe un proverbe italien qui peut-être, décrit le mieux ce que je crois :
Le monde entier n’est qu’un seul pays. Dans ce pays mondial, le principe d’aimer son prochain comme soi même, est le guide essentiel pour des relations harmonieuses entre tous les pays.
Ce principe implique tolérance et compréhension pour la façon de se comporter envers les autres. Il implique que nous traitions les autres nations comme on aimerait être traité : avec respect et considération.

C’est un principe que, malheureusement nous n’avons jamais appliqué à Cuba.

Votre honneur, je suis devant vous aujourd’hui pour une activité à laquelle je me suis livrée parce que j’ai obéi à ma conscience plutôt qu’à la loi. Je crois que la politique de notre gouvernement vis-à-vis de Cuba est cruelle et injuste, profondément agressive, et je me suis sentie moralement dans l’obligation d’aider l’île à se défendre contre nos efforts de lui imposer nos valeurs et notre système politique.

Nous avons fait preuve d’intolérance et de mépris à l’égard de Cuba depuis plus de 40 ans.

Nous n’avons jamais respecté le droit pour Cuba de choisir sa propre voie vers ses propres idéaux d’égalité et de justice. Je ne comprends pas pourquoi nous devons continuer à dicter aux Cubains comment ils doivent choisir leurs dirigeants, lesquels peuvent ou non être leurs dirigeants, et quelles sont les lois appropriées pour ce pays. Pourquoi ne pouvons-nous pas laisser Cuba poursuivre son propre chemin, comme le font les États-Unis depuis plus de deux cents ans.

Ma manière de réagir à notre politique Cubaine a peut-être été moralement condamnable. Peut-être que le droit pour Cuba d’exister libre de toute pression politique ou économique ne justifie pas les informations secrètes que j’ai transmises pour l’aider à se défendre. Je peux seulement dire que j’ai fait ce qui me paraissait être juste pour réparer une grave injustice.

Mon plus grand désir est de voir des relations amicales s’établir entre les États-Unis et Cuba. J’espère que mon cas contribuera d’une certaine manière à encourager notre gouvernement à abandonner sa politique hostile envers Cuba et à collaborer avec la Havane dans un esprit de tolérance, de respect mutuel, de compréhension… »

Ana Belén Montés a été en quelque sorte précurseur des nouvelles relations entre Cuba et les États-Unis et a agi en harmonie avec les principes fondateurs de la Chartre des Nations Unies..

Elle est la prisonnière 25037-016 de la prison de Carswell, une annexe du FBI de la Station Aérienne de la Marine des États-Unis située au Texas. Elle y est internée dans la section de psychiatrie, bien que ne présentant pas de troubles de ce type. C’est un lieu dangereux pour elle, qui pourrait avoir de graves répercussions sur son état mental.

Ana Belén Montés est sensée recouvrer la liberté en 2023, dans 6 ans. Elle a déjà accompli 16 ans de réclusion. Elle est soumise à un régime d’isolement extrême, même s’il s’est un peu assoupli. Elle ne peut pas recevoir la visite d’amis, uniquement celles de ses proches parents. Son père est décédé et sa mère est handicapée. Sa sœur Lucy et son frère Alberto ont tous deux des postes à responsabilité au sein du FBI, elle à Miami, et lui à Atlanta.

Lucy a d’ailleurs été décorée pour sa contribution à l’arrestation des membres du réseau « Avispa » auquel appartenaient les Cinq. Ce ne sont donc pas eux qui vont lui apporter un grand réconfort ! Il lui reste son jeune frère Juan Carlos dont nous savons seulement qu’il tient une crèmerie à Miami, et sa cousine Miriam Montés avec qui elle a de bonnes relations, qui vit à Porto Rico, et avec laquelle nous avons des contacts.

C’est par elle que nous savons qu’Ana téléphone à sa mère tous les dimanches, regarde certains documentaires à la télévision, lit beaucoup, et peut correspondre avec 20 personnes enregistrées et qu’elle fréquentait déjà avant son arrestation. Elle n’a aucun contact avec les autres personnes détenues.
Elle est soignée pour un cancer du sein depuis octobre 2016, et une prison, même si elle est aussi un hôpital n’est pas le lieu idéal pour guérir d’une telle maladie.

Le régime carcéral qu’elle subit n’est pas conforme aux Droits de l’Homme.
En avril 2013, pour la première fois sa sœur Lucy a accepté de répondre aux questions d’un journaliste, en l’occurrence, Jim Popkin. Ses frères se sont opposés à tout interview.

C’est ainsi que nous avons appris qu’Ana avait voisiné successivement avec une femme ayant étranglé une femme enceinte, une ancienne infirmière ayant tué par injections quatre patientes, et une admiratrice de Charles Manson ayant tenté de tuer le Président Ford.

Le travail d’enquête de plus d’une décennie de la journaliste Betty Brink du Weekly, un journal local de Fort Word où est situé Carswell, nous apprend que cet hôpital-prison fédéral a succédé à un précédant fermé entre autres raisons, pour négligence médicale généralisée. C’est très exactement l’identique qui s’y est installé et perdure au vu et su de toutes les autorités en place.

Rares sont les critiques, et les dénonciateurs s’exposent à le payer très chèrement. Le terme de « négligence » utilisé est un euphémisme et cette pratique tant sadique qu’assassine englobe des personnels au delà du médical, au regard de chacune des histoires sordides (nombreuses et répétées) ayant pu être connues. Sur une longue période en décennies, et c’est le cas, il est possible de dire qu’elle est structurelle.

Lucy dévoile que dans une lettre de 14 pages, Ana lui avait écrit « il ne me plait pas d’être en prison, mais il y a certaines valeurs pour lesquelles il vaut la peine d’être en prison, ou qui méritent que l’on se suicide pour ne pas passer tout ce temps en prison ».

Nous voyons à travers ces paroles qu’Ana a gardé intactes ses convictions, et lui infliger de vivre dans de telles conditions relève du sadisme et doit avoir des effets dévastateurs.

Nous devons aider cette femme courageuse. Nous devons faire connaître son histoire, et développer des campagnes pour que dans la prison où elle endure sa peine, elle puisse au moins avoir un traitement plus humain.
Jacqueline Roussie
Maurice Lecomte

Date de publication de l’article :
20-02-2017

URL de l’article : http://www.francecuba.org/des-cartes-danniversaire-pour-ana-belen-montes/

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