France-Cuba au dîner de l’Élysée

France-Cuba au dîner de l’Élysée
France-Cuba au dîner de l’Élysée – Invitée au dîner de l’Élysée en l’honneur de la visite de Raùl Castro, notre association France-Cuba était représentée par Ana Katerina Martinez Bermudez et Eric Tachou. Eric rapporte par le détail cette soirée mémorable et émouvante, qui lui a permis de voir dans le regard de Raùl, la lueur du Che.

France-Cuba au dîner de l’Élysée

France-Cuba au dîner de l’Élysée

Dès la sortie du Métro « Champs Élysées Clémenceau », le ton était donné et une tension agréable commençait à monter à la vue de la plus belle bannière du monde flottant sur la plus belle avenue du monde.
Il était 18H30 et l’heure de rendez-vous fixée à 19H00 avec Ana Katerina, devant l’Élysée, me donnait le temps d’apprécier les couleurs de Cuba qui rendaient encore plus gaie notre capitale.
En moi, je me disais : « quel retournement de situation ; dire qu’il y a 14 mois, les plus optimistes d’entre nous n’osaient même pas espérer que les Cinq puissent obtenir ne serait-ce qu’un droit de visite de la part de leur famille dans les geôles US. Et aujourd’hui flottent les couleurs de l’île sur une avenue internationalement reconnue. »

Arrivé place Beauvau, la circulation (même piétonnière) était coupée en direction de l’Élysée. Seuls les véhicules aux vitres teintées disposant d’un laisser passer pouvaient entrer. À l’arrière de l’une d’elles, je reconnus M. Santini, le fameux amateur de Havane.
En attendant ma camarade de chance, je discutais avec Ignacio Ramonet sur le cas ubuesque du « déloyal » Hernando, et puis Rémy arriva quasi simultanément avec Ana K.

À 19H00 pétantes, les agents de police nous laissèrent passer pour atteindre le 55 rue du Faubourg Saint-Honoré. Après les contrôles d’identité opérés par des agents très courtois, nous sommes entrés dans la cour de l’Élysée. Ce fût la première émotion de la soirée de voir ce palais majestueux avec, à droite, la fanfare de la garde républicaine qui jouait, et de l’autre côté une horde de photographes. Mais nous fûmes les premiers à déclencher nos appareils photos pour nous prendre devant cette façade car je vous assure que je n’ai entendu aucun appareil crépiter lorsque notre groupe a commencé à monter les marches ornées du tapis rouge.
Les gardes dans leur uniforme somptueux nous accueillaient dans une parfaite immobilité et le personnel de service nous dirigea vers le vestiaire. Traversant des petits salons plus beaux les uns que les autres, nous sommes arrivés devant une rangée de personnes chargées de nous indiquer le nom de la table qui nous était destinée. J’eus droit à la table « Ocre » et Ana K à la table «pourpre».

Raùl a tenu un discours de dignité

France-Cuba au dîner de l’Élysée

Nous voilà donc maintenant dans le salon où tout allait se passer : une grande salle dans laquelle étaient disposées des tables rondes parfaitement décorées de 10 couverts chacune. J’aperçois déjà MM. Melenchon, Chasseigne, Santini, Lang et consort dans l’espace sans table réservé aux convives qui, debout, peuvent prendre les verres que nous sert sur des plateaux le personnel. Nous avons droit aussi aux petits fours. Après deux mojitos (plutôt insipides, de l’avis même de Maurice Lemoine), nous sommes rapidement invités à nous rendre à nos tables attitrées. Apparemment le protocole est rigoureusement minuté.

Par chance, je trouve à ma table une tête connue, celle de Jean-Luc Melenchon, et je me dis que le repas ne sera pas monotone d’autant qu’il y a aussi le général Puga qui nous apprendra qu’il était du voyage à Cuba avec M. Hollande. Ana K, quant à elle, prend place à côté du président du groupe d’amitié avec Cuba au sénat (dont le nom lui a échappé).

Les discours des deux présidents se succèdent alors. J’ai trouvé très bien le discours du président français avec, toutefois, un seul petit accroc :
À vérifier, mais il me semble bien qu’il a énumérés tous les points que la France et Cuba ont en commun, il a pensé à mentionner V. Hugo, mais a cru bon de rajouter que les deux pays n’avaient juste pas la même conception des droits de l’homme.
Cet élément sonnait tellement faux dans le discours d’ensemble qu’on l’en excuse car il est évident que cette petite phrase n’a été insérée que pour pouvoir dire aux médias capitalistes que la France a eu le courage de sermonner le « dictateur » cubain. Rien de bien grave…

Raùl quant à lui a tenu un discours de dignité comme d’habitude. Il ne s’est pas rabaissé à la polémique. Il a rappelé que la révolution cubaine s’est beaucoup inspiré de la révolution française ; il nous a rappelé la CELAC, les liens d’amitié resserrés avec les peuples d’Amérique Latine dans le respect des cultures et des identités de chacun. Cuba est un peuple de paix qui n’accepte pas qu’un pays tiers s’immisce dans la voie de développement sociale qu’elle poursuit pour le bien de tous depuis la victoire de la révolution.

Les applaudissements ont été le signal pour que l’escadron de serveurs se mette en place, impressionnants par la précision et la rapidité avec laquelle ils ont véritablement envahi la salle afin de se placer dans une organisation minutieuse et discrète malgré le nombre. On pouvait en compter environ 3 par table : l’un avec la bouteille d’eau, l’autre avec la bouteille de vin rouge, l’autre avec la bouteille de blanc. À peine avions-nous un verre vide ou presque vide qu’aussitôt le goulot de la bouteille se penchait sur notre verre. J’insiste sur leur discrétion car ce qui frappe c’est que, du fait qu’ils restent immobiles hors de votre champ de vision, on ne sent pas leur présence et ils surgissent de nulle part pour vous remplir le verre. À un moment, j’ai laissé tomber ma serviette et à peine ai-je eu le temps de m’en rendre compte que l’un d’entre eux était déjà en train de me la ramasser. Ils ont les yeux sur tout le monde, à tout instant. Quelque chose qui m’a surpris, c’est qu’ils ne vous servent pas les plats ; ils tiennent le plateau à votre disposition et vous laisse vous servir à votre convenance. Indéniablement, je comprends que cet art de la table à la française nous rende si fiers.

Le menu d’un grand raffinement était léger et je suis resté un peu sur ma faim au moment où le fromage a été servi. En effet, je n’ai pas eu l’impression de manger de plat de résistance car il n’y a pas eu de viande. Connaissant les cubains, je suis absolument certain qu’ils ont dû avoir la même impression que moi et au quintuple.

Du haut de leur estrade, une cantatrice et un ténor nous jouaient la sérénade entre chaque plat. Nous avons eu droit à une Guantanamera et Yolanda en style opéra, de bon goût.

Dans le regard de Raùl, la lueur du Che

Au milieu du repas, une pause durant laquelle les deux présidents sont venus saluer les convives en se faufilant entre les tables, est intervenue. Enfin, il semble que c’est ce qui est prévu à l’origine, mais dès lors que les deux présidents se sont levés de table, tout un chacun s’est précipité sur eux pour les saluer.

Mon premier rapprochement avec Raùl s’est opéré de la façon suivante : me plaçant sur sa trajectoire j’ai attendu son passage et comme le président français le précédait, j’ai rapidement expédié le serrage de main avec un « merci président ». Quand Raùl est passé à mon niveau je lui ai lancé « Viva Cuba soberana ! ». Lorsqu’il a vu d’où partait l’apostrophe il m’a lancé un regard dont je me souviendrai toujours car, vous le croirez si vous voulez, mais instantanément, dans ce regard d’une extrême humanité, d’une extrême profondeur, l’image du Che est apparue dans mon cerveau et dans la seconde qui suivit, il a pu libérer son bras gauche pour saisir ma main droite et la serrer avec tout son cœur. Ce geste m’a profondément touché.
Rémy Herrera a vécu un peu la même expérience que moi lorsqu’il lui a lancé « Viva Cuba socialista ! » ; la main qu’il lui tenait s’est étrangement resserrée un peu plus et nul doute que Raùl a trouvé beaucoup de réconfort dans ces deux proclamations aux antipodes des salutations de courtoisie sournoise.

Mais dans cette petite pagaille, s’il y en a une qui a pu tirer son épingle du jeu c’est bien Ana K qui, après un échange rondement mené avec son président, a pu avoir l’honneur de se faire tirer le portrait, photo que j’ai pu prendre avec le smartphone de son amie et qui méritera de figurer à la Une du prochain numéro de notre Revue Cuba Si, car elle sera le témoignage idéal de la présence de France Cuba à cette réception historique.

Par la suite, j’ai pu opérer un deuxième rapprochement, suivant la même technique que précédemment, mais plus loin dans la salle ; celui-ci a donné un résultat inespéré : au moment ou j’ai pu croiser son regard, je me suis exclamé : « L’Associacion Francia-Cuba nunca se descansara mientras que no pongan fin al bloceo » (l’Association France cuba ne se reposera pas tant qu’ils ne mettront pas fin au blocus). Raùl a réagit dans un éclat de rire : « Pero falta mucho » qu’on peut traduire par : « mais… ce n’est pas demain la veille ».
La complicité de cet échange démontre définitivement que Machover paraît comme un sombre crétin qui n’a rien compris quand il parle de « leader minimo ».

Raùl est grand, Raùl est digne de son illustre frère, il a le charisme, l’humanité, le courage et la volonté des plus grands hommes de ce monde.
Et je n’ai pas été peu fier de conclure son bain de foule en lui lançant : « présidente, a su orden ! »
Il a alors fait preuve d’une intelligence hors du commun en me gratifiant un simple hochement de tête pour me signifier qu’il avait bien entendu.
Sûrement une façon de m’éviter d’être moi aussi classifié « déloyal » envers la République Française par les RG présents.

Auteur : Eric Tachou, du secrétariat de France-Cuba, le 1er février 2016.

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