L’avenir de la Révolution

L'avenir de la Révolution
Hernando Calvo Ospina raconte deux journées passées à Cuba : il est témoin d’une scène de rue typique, et a participé à un échange très constructif avec de jeunes journalistes de l’Institut International du Journalisme à propos de l’avenir de la Révolution, après la projection de son documentaire « Le Blocus ».

L’avenir de la Révolution

L’avenir de la Révolution
Photographe : Arkadi VATHKE

Vendredi 13, il fait très chaud à La Havane. Une chaleur anormale pour la saison. Il est à peine 10 heures du matin seulement, mais une poule exige de ses six poussins qu’ils restent à l’ombre d’un arbre. Nous ne sommes pas dans les environs de la ville, mais près de l’hôtel National.

Cinq heures quinze ce matin, il fait encore noir, le camion poubelle passe au coin de la rue. Le mécanisme du véhicule est très bruyant. Là où je suis, à proximité et en surplomb de la rue, je peux tout voir. À un moment donné, les travailleurs s’arrêtent de travailler pour s’intéresser à une belle métisse qui passe. L’un d’eux lui dit très courtoisement : « À quoi bon le soleil face à tant de splendeur ! » (para qué el sol con este resplandor). Et un autre ajoute : «  Moi je ne coupe pas la canne à sucre, mais son déhanchement va le faire ». (Yo no corto caña, que la corte el viento con ese movimiento). Et contre toute attente, le conducteur lui-même descend du véhicule pour lui dire : « Compañera, je voudrais être un mouchoir pour éponger votre sueur » (quisiera ser pañuelo, para secarle el sudor). Souriante, celle-ci continue son chemin en se tamponnant le visage avec le tissu blanc.

Mercredi 11, après la projection du documentaire « Blocus » à l’Institut International de Journalisme, l’échange avec le public a été très constructif. La plupart des spectateurs, une vingtaine, étaient de jeunes journalistes. Il y avait aussi des fonctionnaires du Parti.

Plusieurs d’entre eux ont exprimé leurs préoccupations à propos de la nécessité d’accentuer la formation culturelle et politique, car ils affirment que l’on perçoit un désir effréné de consommation dans certains secteurs de la population, surtout chez les jeunes. Une des conséquences du tourisme de masse ! « Celui-là même dont l’économie a besoin ».

La nécessité de continuer à travailler à rendre plus attractifs les médias d’information a été évoquée, afin qu’ils soient mieux acceptés par la population, et en particulier par la jeunesse.

La jeunesse, la jeunesse…

Les États-Unis, dans leurs nouveaux plans pour en finir avec la révolution, se proposent de mener la « guerre culturelle » contre Cuba. L’État, le gouvernement et le Parti doivent être à la hauteur du défi. « Sommes-nous prêts pour faire face ? »

Certains ont exprimé leur inquiétude face à l’apparition d’une classe moyenne qui croît rapidement au rythme des travailleurs indépendants, les « cuentapropistas ». Le plus jeune de tous les participants, qui vient de commencer l’université, nous dit qu’il existe un malaise parmi les travailleurs de l’État, car ce sont ceux qui travaillent le plus, ce sont les plus nombreux, ceux qui doivent avoir le plus de discipline et ceux qui gagnent le moins. « Ceux qui font tourner les rouages du pays ».

L’importante fuite de jeunes cerveaux a été signalée. Là-dessus j’ai soulevé le fait que Cuba se transformait en une université formant des spécialistes, pour le bénéfice d’autres pays mais sans rien recevoir en échange.

Ce ne fut pas un débat, mais un échange où se sont exprimées sans détours, et avec une grande hauteur politique et de conscience humaine, les craintes du public pour l’avenir de la Révolution. Il semble que cette crainte soit partagée par un important secteur de la société.

Hernando Calvo Ospina

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