La révolution cubaine garde le cap

La révolution cubaine garde le cap
La révolution cubaine garde le cap – Une douzaine d’accords ont été signés lors de la visite à Paris du président cubain Raul Castro. Pour réussir son décollage économique, la grande île a besoin de sortir de l’isolement imposé par le blocus américain : Analyse de Régis Vandeweghe, membre du secrétariat national de l’association France Cuba et président du comité Lille métropole, l’un des plus actifs en France.(Liberté-Hebdo)

La révolution cubaine garde le cap

La révolution cubaine garde le cap
« Cuba évolue mais le processus révolutionnaire n’est pas abandonné pour autant. »

France Cuba a été créée en 1961. Quel est son rôle aujourd’hui et celui de votre comité ?

Il existe 33 comités en France. Celui de Lille Métropole a été créé en décembre 2007. Les statuts de France Cuba, datant de 1961, précisent que l’association soutient le choix des Cubains pour leur système économique.
A Lille Métropole, nous avons choisi d’ajouter une phrase sous notre logo : « connaître et défendre Cuba socialiste ». Une précision qui nous semble importante. Bien sûr, les objectifs restent d’œuvrer au rapprochement entre le peuple cubain et le peuple français par le développement économique, scientifique, technique et culturel. Et nous nous battons pour la suppression du blocus.

Vous vous rendez souvent à Cuba. Quelles sont vos dernières impressions ?

J’y étais en novembre et décembre. J’ai notamment rencontré Leyde Hernandez, le numéro 2 de l’Institut de formation des diplomates à La Havane (un institut qui est rattaché au ministère cubain des Affaires étrangères).
Ce dernier explique que les responsables cubains sont bien conscients des problèmes internes liés à la cherté de la vie, au faible niveau de revenu et au mécontentement que cela produit. L’État, qui redistribue les richesses produites dans le pays, a besoin des investissements étrangers pour accroître ses ressources et pour permettre une augmentation des salaires et des pensions. Il ne faut pas perdre de vue que Cuba est un pays en développement. Pour cela, il doit opérer une révision économique. Raul Castro a entamé un programme solide avec le départ de 500 000 fonctionnaires qui ont été progressivement reclassés, la lutte contre le travail au noir avec la possibilité de créer sa petite entreprise, la lutte contre la corruption, etc. Mais Cuba a besoin de développer ses relations avec les entreprises étrangères. Le ministère de l’Investissement s’y emploie. Les relations ont été particulièrement développées avec le Venezuela, il faut maintenant travailler sur les relations avec les pays occidentaux.

Qu’attendiez-vous de la visite en France que vient de faire Raul Castro ?

C’est un moment historique. Fidel Castro était venu à Paris en 1995 dans le cadre de l’Unesco et il avait rencontré le président Mitterrand. Cette fois, il s’agissait d’une visite d’État. C’est très positif au regard de l’isolement dans lequel l’impérialisme voulait confiner Cuba.
Cela conforte l’idée que Cuba tient une place importante dans les relations avec la sphère occidentale. Il ne faut pas oublier qu’il est à l’origine de l’Alba, qui regroupe 8 pays de l’Amérique latine, et de la Celac, la Communauté des états latino-américains et des Caraïbes qui regroupe l’ensemble des pays du continent américain hors USA et Canada. La visite de Raul Castro s’inscrit donc dans le travail qui consiste à briser l’isolement de Cuba vis-à-vis de l’Europe alors que le blocus instauré par les États-Unis en 1962 est maintenu, causant un préjudice au peuple cubain estimé à 1 112 milliards de dollars entre 1962 et 2014.

Que retirez-vous de cette visite ?

La déclaration du président Hollande sur le fait que les États-Unis doivent mettre fin à l’embargo est un signal très positif. Il a demandé à Barack Obama d’« aller jusqu’au bout » du réchauffement des relations et de lever l’embargo (un terme auquel je préfère celui de « blocus »). Nous espérons aussi qu’il pourra influer pour obtenir un assouplissement de la « position commune » de l’Union européenne sur l’embargo. Cette position avait été prise sous la pression du gouvernement Aznar, en Espagne, qui était à la pointe de l’anti-castrisme.
Il s’agissait de faire en sorte que les états de l’UE limitent leurs relations avec La Havane tant qu’il n’y aurait pas d’évolution démocratique. En fait, cela n’a pas empêché des relations bilatérales. Des entreprises espagnoles ont même investi à Cuba dans le tourisme. Mais c’est vrai que cela reste exceptionnel. Nous avons en tête les condamnations à des amendes de ces trois banques françaises qui, en 2014 et 2015, n’avaient pas respecté le blocus. Il y en a eu d’autres en Europe.

Que penser de la politique de François Hollande qui veut affirmer le rôle de la France comme un des principaux partenaires politique, économique et culturel européen de Cuba ?

Qu’il y ait de accords économiques avec des entreprises françaises, c’est très bien. Si le blocus américain n’est pas levé depuis la visite de John Kerry secrétaire d’État, à La Havane en août 2015, les entreprises américaines attendent de pouvoir investir à Cuba. On peut comprendre que d’ici là, la France essaie de placer ses entreprises. Et puis surtout, dans la foulée de ce qui avait été décidé en décembre sur la dette, la France s’est engagée à annuler les intérêts de retard (3,7 milliards d’euros) et François Hollande confirme la création d’un fonds franco-cubain doté de 212 millions d’euros afin d’encourager et d’aider les entreprises françaises à investir à Cuba. Cela peut concerner le tourisme mais aussi les transports, la logistique, les produits agroalimentaires, etc. Cela va encore dans le bon sens : sortir l’île de son isolement et d’une dette qui la serre à la gorge.

Lors de la visite de Fidel Castro à Paris, en 1995, on a assisté à une levée de boucliers médiatique. Aujourd’hui, on a parlé de quelques dizaines de manifestants et du rappel à l’ordre de Reporters sans frontière. Faut-il y voir l’effet du pragmatisme de Raul Castro ?

Je crois que cela renvoie aux cinq Cubains qui étaient emprisonnés aux USA et qui ont été finalement libérés.
France Cuba s’est mobilisé durant des années pour cette libération. Le Vatican a également joué un rôle important dans ce dossier. Tout cela, je crois, a contribué au fait qu’Obama a compris que la politique d’hostilité vis à vis de Cuba ne portait pas ses fruits.

C’est-à-dire ?

Le blocus destiné à affamer le peuple pour qu’il se retourne contre la Révolution n’a pas marché. Nous ne sommes pas dupe. Nous savons que les États-Unis tenteront autre chose contre le gouvernement cubain pour le déstabiliser. Mais de manière plus moderne, plus soft. Le 7ème congrès du parti communiste cubain, en avril, va analyser ce risque.

On dit que Cuba a une côte d’amour importante pour la France. Cela se vérifie sur place ?

Oui. La France est bien vue. L’alliance française y est très présente avec 12 000 élèves à la fois à La Havane et à Santiago de Cuba où l’on compte de nombreux francophones (ce sont des descendants de planteurs de café qui avaient fuit la révolution haïtienne et se sont installés du 18ème au 19ème siècle). Et puis, les Cubains aiment la France pour sa Révolution de 1789. Elle est présente dans l’enseignement. On y aime aussi la culture française. Le nom de Victor Hugo est souvent évoqué, par exemple.

Qu’en est-il des droits de l’homme et de la succession de Raul Castro ?

À ma connaissance, tous les prisonniers politiques ont été libérés. Il ne faut pas confondre avec les criminels qui ont porté atteinte aux intérêts du pays. Pour le reste, les derniers révolutionnaires de 1959 sont encore aux manettes mais une nouvelle génération est prête pour prendre le relais. On assiste à un rajeunissement et à une féminisation dans les structures intermédiaires.
Le successeur annoncé de Raul Castro est Miguel Diaz-Canel, le numéro deux du régime. C’est un homme de 50 ans, bien formé. Cuba évolue mais le processus révolutionnaire n’est pas abandonné pour autant.

Quels sont les projets immédiats de votre association ?

Nous continuons à sensibiliser et à militer pour la levée du blocus. Nous mettons en place une campagne nationale et internationale sur le sujet. Cette campagne inclura la demande de restitution de Guatanamo, cette base militaire états-unienne sur le sol cubain. Les USA auraient dû la restituer en 2001, à l’issue d’un bail de 99 ans. Ils ne l’ont toujours pas fait.

Propos recueillis par Philippe ALLIENNE

Source : Liberté-Hebdo [ 1205 ] N05 04/02/16 page 1.

Pour en savoir plus : francecubalillemetro@gmail.com
Tél. : 06 32 47 67 01 – www.francecuba.orgComité Lille Métropole

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *