Le blocus au quotidien

Le blocus au quotidien
J’ai voyagé dans quelques pays de ce monde, et nulle part je n’ai ressenti autant de tranquillité qu’à Cuba. Dans les autres pays d’Amérique latine je passe mes soirées enfermées dans un hôtel, et je m’aventure rarement à marcher seul dans les rues. Karine dort tranquille quand je suis ici. Comme l’a dit le grand écrivain Daniel Chavarría à l’écrivain Leonardo Padura (qui assurait que la révolution était parfois dangereuse) : « le seul risque que j’ai couru de toute ma vie à Cuba, c’était de devoir fuir un mari jaloux ».

Le blocus au quotidien

Jeudi soir, lors d’une activité, j’ai partagé la table du mythique athlète Alberto Juantorena. Il m’a expliqué comment à cause du blocus ils devaient mettre au point mille stratagèmes pour construire et entretenir les pistes de course dans beaucoup de régions du pays. Il occupe un poste de haut responsable sportif. Il m’a raconté une anecdote qui illustre bien la situation : il y a quelques mois par l’intermédiaire d’amis de la révolution ils ont acheté aux États-Unis un matelas pour amortir la chute du saut à la garrocha. Il a coûté 46000 dollars… Mais pour qu’il arrive à bon port, les amis l’ont apporté jusqu’à la frontière du Mexique. Une fois de l’autre côté, ils l’ont fait enregistrer comme article mexicain. Ensuite ils l’ont transporté jusqu’à Tampico et de là ils l’ont « offert » à Cuba et l’ont emmené en bateau jusqu’au port de Mariel… C’est le 2ème matelas de cette qualité à Cuba.

Avant cette rencontre, j’ai eu une agréable conversation avec Daniel Maury (de notre CD), qui est en vacances avec son épouse originaire de Guantanamo.

Le blocus au quotidien
Gerardo et Hernando

J’ai eu des nouvelles du matériel apporté par Fabrice Leclerc et Ana Katherine en août à l’attention de la clinique dentaire de La Havane : pas encore arrivé à destination. C’est encore bloqué à la douane de l’aéroport. Par la faute d’un fonctionnaire du Ministère de la Santé. Je ne vous donne pas le motif, trop honteux et ridicule. La directrice n’était pas là, mais c’est une autre responsable qui m’a mis au courant de tout le problème hier jeudi après-midi. Ensuite, il était presque 23 heures lorsque la directrice m’a appelé. Je la verrai samedi, demain, mais ce soir j’ai une réunion au cours de laquelle j’essaierai d’obtenir une solution à ce problème bureaucratique.

Alors que j’étais sur le point de partir à la réception où se trouvait Juantorena, une voiture s’est arrêtée près de moi, le chauffeur en est descendu et m’a lancé : « j’ai cru que je n’allais pas te trouver ! » J’ai écarquillé les yeux pour être sûr que c’était bien Gerardo que je voyais face à moi ! Nous sommes entrés dans le lieu où je suis hébergé et les employés ont tous abandonné leur tâche pour venir le saluer. Nous avons atterri dans les cuisines, et tout le monde voulait prendre des photos avec lui. Hommes et femmes confondus, tout le monde le touchait comme pour s’assurer qu’il était bien là. Nous n’avons pas pu quitter les lieux avant qu’il ait bu le café qu’on lui avait préparé. Il a raconté à toutes les personnes présentes que lors de l’activité organisée par France Cuba à la Fête de l’Humanité, il y avait tant de chaleur humaine dans l’hommage que nous leur avions préparé qu’Adriana avait pleuré d’émotion du début à la fin. Je dois dire que j’étais fier de nous !
Et pour qu’Annie et son comité se remplissent d’orgueil mérité (et tous les adhérents de France Cuba aussi !) : il m’a confié que les « palas » envoyées pour l’équipe cubaine de pelote basque avaient tant servi qu’elles avaient rapporté deux médailles d’or et deux d’argent !!

Le blocus au quotidien

Et comme chaque jour, ce matin à 4 heures, les gardiens (custodios) m’ont offert un petit café avec eux, en échange d’une séance d’écoute de salsa portoricaine !

Et c’est tout pour aujourd’hui !

Abrazotes con mucho sol
Hdo

Auteur : Hernado Calvo Ospina le vendredi 6 novembre 2015


 

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1- Havane novembre 2015

2- On voyait la vie en eux

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