Mort de Fidel Castro et mort du ‘Monde’

Mort de Fidel Castro et mort du 'Monde'

Mort de Fidel Castro et mort du ‘Monde’ – « J’ai honte pour la France quand un quotidien qui était un journal devient, sur ce sujet, le porte voix de l’extrême droite. » (André De Ubeda à propos de l’éditorial du Monde paru le 26/11/2016). 

Mort de Fidel Castro et mort du ‘Monde’

Je suis fier que le front national déverse sa haine contre Fidel Castro.1
Je suis fier que Trump déverse sa haine contre Fidel Castro.
Pour moi Castro n’est ni un dieu, ni un démon mais c’est révélateur de ce qu’était et est encore Castro et des enjeux autour de sa personne et de son pays.

J’ai honte pour la France quand un quotidien qui était un journal devient, sur ce sujet, le porte voix de l’extrême droite.
Le quotidien « Le Monde » dans son éditorial daté du 26 novembre2 donne à sa façon cynique et naïve à la fois la mesure de ce qui se joue : le TINA thatchérien à la sauce social- libérale. Surtout pas d’alternative aux politiques actuelles.

Analyse en détail : quelques perles d’abord

Première perle

« Deux ans durant, il hésite avant de se jeter dans les bras de Moscou. Les historiens discutent encore : est-ce la faute de l’agressivité de Washington ou « Fidel » était-il déjà décidé à instaurer un régime communiste à Cuba ? »

Les historiens discutent encore ? Mais relisez vos propres articles, vos propres auteurs !

En 1961 Claude Julien correspondant du « Monde » pour Cuba et futur fondateur du « Monde diplomatique » décrit la situation qu’il connait bien puisqu’il la suivait déjà au temps de Batista dans un livre « La révolution cubaine. »  3

Il décrit d’abord la dictature féroce de celui qui mourra d’une crise cardiaque à Marbella. Il témoigne ainsi personnellement des cris des torturés à qui on arrachait les testicules. Il prédit ce qui va arriver : intervention américaine (il est vrai que ce n’était pas difficile à prévoir), Cuba se recentrant sur l’URSS malgré les tentatives, minutieusement décrites, de Castro de rallier les États Unis à la cause de la libération de Cuba.

Deuxième perle

« En 1961, le choix est fait, Castro se proclame « marxiste-léniniste », il instaure une dictature de fer, fait fusiller ou embastille la moindre opposition. »

En 1960, on répertorie officiellement 631 condamnations à mort, 146 fusillés. Combien y en a-t-il eu en France à la Libération ? Le régime de Fulgencio Batista a exécuté 20.000 personnes en 7 ans. 4 Évidemment la dictature de Batista a été traitée en une ligne, ça ne méritait pas plus.

Troisième perle ou plutôt collier de perles

« Alors que le Lider, vieillissant, plus secret et mystérieux que jamais, s’est retiré au profit de son frère Raul, en 2008, le président américain Barack Obama va ouvrir la porte à la normalisation entre les deux pays. Le mouvement est en cours, Donald Trump devrait le poursuivre. »

Admirons « plus secret et mystérieux que jamais ».  Angoissant non ? Cela n’empêche pas Le Monde de bien le connaître cependant. Mais il est aussi, n’ayons pas peur des paradoxes, un « Orateur hors du commun, Fidel Castro a donné des centaines d’interviews et prononcé des milliers d’heures de discours » (I télé 26/11/2016). Peut être était il un peu parano alors ? Allez savoir pourquoi ! Mais Le Monde donne sans ciller la réponse : « Ces 638 fois où la CIA a voulu se débarrasser de Fidel Castro.” (Le Monde‎ 23/11/2016.)

« Le président américain Obama va ouvrir la porte à une normalisation »

Cette normalisation a toujours été proposée par Cuba mais c’est un américain qui la met en œuvre bien sûr, gentil le gringo non ?

« Le mouvement [de normalisation] est en cours, Trump devrait le poursuivre. »

Fin analyste notre fringant éditorialiste : « Donald Trump : « Castro était un dictateur brutal » – Le Monde” 26/11/2016
Soyons reconnaissants à l’éditorialiste d’éclairer les enjeux et de donner son opinion.

La haine du « Monde »

« En 1961, le choix est fait, Castro se proclame « marxiste-léniniste », il instaure une dictature de fer, fait fusiller ou embastille la moindre opposition. Les libertés publiques sont anéanties, l’économie étatisée. »

Voilà, tout est là ! Les libertés publiques sont anéanties. Bien sûr, les libertés publiques sous Batista… Mais le plus grave dans l’anéantissement des libertés est à venir et c’est la clé qui permet de comprendre la haine du « Monde » : l’économie étatisée tan tan ! Les malheureuses compagnies américaines (pétrolières, sucrières, touristico-mafieuses, la généreuse et bienveillante United Fruit) ont tout perdu. Oui, Le Monde choisit son camp avec courage et une grande vision sociale.
Ne lésinant pas sur le lyrisme, notre vaillant défenseur des libertés conclut encore plus à droite que la droite et cela mérite (malheureusement) une longue explication.

L’héritage de Fidel

« Que restera-t-il de l’héritage de « Fidel » ? Une révolution qui a, cruellement, mangé ses enfants, sans sortir le peuple de la misère ? Un homme qui a incarné la résistance à l’impérialisme américain dans la région ? L’image d’un dictateur cynique vivant dans le luxe avec une nomenklatura de privilégiés sous la protection d’une impitoyable police secrète ? Un homme qui aura été l’un des pions de l’URSS, en Afrique notamment, dans la guerre froide ? L’histoire retiendra tout cela à la fois, sans tomber dans les pièges du lyrisme et de l’exotisme. »

Là plus besoin d’historiens (ce n’est pas très sur les historiens).
« Une révolution qui a, cruellement, mangé ses enfants, sans sortir le peuple de la misère ? »

J’ai vécu 4 ans à Cuba, j’ai vu de la pauvreté et je n’ai pas vu de la misère. Comme c’est un point de vue personnel et pas aussi docte que notre éditorialiste profondément attaché à la question sociale… à Cuba, je ne donnerai que des éléments vérifiables sur les sites internationaux (OMS, Unesco, Unicef, Banque mondiale).

Cuba est le pays au monde qui investit le plus fort pourcentage du PIB dans l’éducation (Banque mondiale), un très bon niveau académique, la gratuité totale dans l’éducation et le meilleur système éducatif d’Amérique Latine (Unesco). C’est un « exemple pour le monde » en ce qui concerne la santé (OMS), la mortalité post natale est plus faible qu’aux États Unis, la durée de vie est plus longue qu’aux États Unis (OMS). J’ajoute que les cubains sont propriétaires à 97%. Et la liste pourrait être bien plus longue.

Le blocus

Et tout cela dans le cadre de l’embargo le plus long de l’histoire et condamné par tous les pays du monde mais pas par notre sourcilleux éditorialiste qui s’en débarrasse d’une petite phrase :

« L’embargo américain n’a en rien assoupli le régime. »

Imaginons la Belgique (11 millions d’habitants également) sous embargo par l’Allemagne depuis 60 ans, sans possibilité de commercer avec aucun pays du monde, sans possibilité d’utiliser la monnaie d’échange internationale, subissant des tentatives d’invasion, des attentats, victime de campagnes permanentes pour la vider de ses cerveaux. Irions-nous lui demander des comptes aujourd’hui comme « Alors comment se fait il que ça n’aille pas mieux ? » Mais on a l’esprit social ou on ne l’a pas.

Le prétendu luxe

Alors, l’éditorialiste continue :

« L’image d’un dictateur cynique vivant dans le luxe avec une nomenklatura de privilégiés sous la protection d’une impitoyable police secrète ? »

Pourquoi « cynique », on ne le saura pas, c’est juste comme ça. « Vivant dans le luxe » ? Quels éléments lui permettent de dire ça ? N’est-il pas secret ? L’a t’il rencontré ? Tous ceux qui l’ont rencontré disent le contraire, les chefs d’état, les journalistes dont Ignacio Ramonet ancien directeur du « Monde diplomatique ».

Je peux personnellement témoigner : le ministre des affaires étrangères vivant dans le même quartier que les professeurs de l’école française, la fille de Raoul Castro vivant simplement, les intellectuels amis et proches de Castro vivant dans des maisons loin d’être luxueuses.

La « police secrète »

Pour « l’impitoyable police secrète », se référer aux tentatives d’assassinat fort louables certainement aux yeux du défenseur intransigeant de la justice et de la liberté. Des journalistes par dizaines ont été tués en prison en Amérique Latine, des opposants aussi : aucun à Cuba.

Mais ne doutons pas que Le Monde ne manquera pas dans un prochain édito de parler des mêmes sujets pour un grand nombre de pays proches de la France.

Vous savez les monarchies pétrolières5, la Françafrique, les anciens vices présidents de l’Internationale socialiste (Ben Ali, Moubarak, Gbagbo) etc. Vous savez ces amis qui vivent dans le dénuement. Le même dénuement que les propriétaires millionnaires du Monde.

« Le Monde » a choisi son camp

Et comme une apothéose :

« le pion de l’URSS en Afrique. »

Il se trouve que, pendant qu’en France Mandela était considéré comme un terroriste (avant que les résistants de la dernière heure ne « découvrent » qui était Mandela), Cuba a aidé les pays d’Afrique à se libérer des tenants de l’apartheid. Pendant que la France commerçait avec l’apartheid, Cuba le combattait. En toute logique « Le Monde » a choisi son camp.
« Le Monde » est dans son monde.

Auteur : André De Ubeda le 5 décembre 2016, Délégué général de l’Alliance française à Cuba de 2008 à 2012.

Voir 5 notes

  1. “@Marion_M_Le_Pen : Pas une larme pour #FidelCastro Le FN a toujours combattu le communisme et le totalitarisme.
  2. NdE : Cuba et Castro, une histoire d’espoir et de désespérance
  3. Livre bien sûr introuvable : pas compatible avec le social libéralisme ou le libéralisme tout court. Édité chez Julliard. Je peux faire des scans.
  4. cf : « 50 vérités sur la dictature de Fulgencio Batista à Cuba », sur Opera Mundi
  5. Lisez l’article du « Monde » pour la mort du roi Abdallah d’Arabie saoudite LE MONDE | 23.01.2015 Par Gilles Paris et vous comprendrez mieux la déontologie du Monde ou plutôt ses choix politiques.
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4 réflexions sur « Mort de Fidel Castro et mort du ‘Monde’ »

  1. Merci pour cet article, vraiment, qui met en lumière la désinformation à caractère idéologique qui sévit chez nos chères « élites » journalistiques et médiatiques. Pour mes yeux non informés l’éditorial du Monde serait passé pour anodin tant il véhicule les mêmes idées ressassées qu’on trouve partout ailleurs dans la presse.

  2. IL CONVIENT, SANS CESSE ,DE REMETTRE SUR LE METIER , le travail d’explication et de démystification indispensable dans LA LUTTE IDEOLOGIQUE qui traverse à chaque instant la société bourgeoise dans laquelle nous vivons. Pour les tenants actuels, les enjeux politiques et économiques sont déterminants. Tout est bon pour faire perdurer le système y compris les pires extrémités.
    En ce sens, l’analyse qui précède amène un éclairage pertinent sur la collusion des médias dit « bien pensant », avec une réaction des plus obscurantiste.

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