On voyait la vie en eux

On voyait la vie en eux
Hernando Calvo Ospina poursuit sa chronique au fil des jours passés à la Havane, sur ses activités, ses contacts, ses promenades, ses impressions. Chaque anecdote et chaque réflexion livrée par les personnes rencontrées sont plaisantes à lire, et aussi riches de sens. On notera l’enthousiasme de l’auteur :  « On voyait la vie en eux ! »

On voyait la vie en eux

Aujourd’hui dimanche, le jour se lève très lentement. Il est presque 8 heures, et c’est à peine si le soleil montre son visage. Il fait déjà chaud, même si souffle une légère brise.

Vendredi après-midi, j’ai été invité en tant que président de France-Cuba, à la réunion du Comité Paix, Justice et Dignité des Peuples, qui auparavant était le « Comité International pour la Liberté des Cinq ». La solidarité avec la révolution bolivarienne du Venezuela et avec le peuple palestinien, la lutte contre le blocus et pour la récupération de la base de Guantanamo font partie des missions qu’il se propose. Plus de vingt personnes y assistaient, et parmi elles se trouvait Gloria Justo, ancienne présidente de France-Cuba et actuellement traductrice à Granma Internacional, ainsi que la secrétaire d’Italia-Cuba. Je leur ai dit qu’elles pouvaient compter sur nous.

« Je n’ai ni tablette, ni télé plate, mais je suis heureux. Ici la vie est belle. Je veux aller de par le monde pour le connaître, mais toujours rester dans ma Havane… »

Ainsi chantait hier soir un homme accompagné de sa guitare, assis sur le banc d’un parc. Autour de lui, allongés sur l’herbe, de nombreux étudiants l’écoutaient, s’embrassaient ou discutaient. Près de là, la Rampa était pleine de monde. Beaucoup de personnes marchaient sur le Malecon illuminé. On voyait la vie en eux !

Comme cette ville a changé en 20 ans !! Je me souviens d’un samedi, pendant la « période spéciale » : rues et maisons dans l’obscurité, on croisait très peu de gens, des voitures presque inexistantes. Et avec la terrible pénurie d’aliments, d’électricité et de tout, on était frappé au cœur par l’irruption d’une chose inconnue de ceux qui étaient nés avec la révolution : la prostitution. Elle n’a pas disparu, il reste des problèmes, mais elle n’est plus ce qu’elle a été.

Ce petit matin, il n’y avait pas de café, alors les gardiens m’ont offert du thé. Pendant que l’un se dirigeait vers son poste de travail, sa radio collée à l’oreille pour écouter les informations, un autre s’est arrêté près de moi. Un noir aux dents très blanches, et d’une conversation agréable. Un professeur d’éducation physique, qui deux fois par semaine est gardien ici pour « remplir la marmite ». Il a trois fils, tous étudient. Il a été au Venezuela et au Honduras en tant que professeur internationaliste. Je me suis arrêté de travailler pour l’écouter :

« J’ai constaté qu’à l’extérieur la vie est très dure et dangereuse. Ici, nous avons des problèmes et nous luttons pour en sortir, mais au Honduras il n’y a même pas d’espoir ».

La jeunesse cubaine le préoccupe, car cette dernière génération peut être très perméable aux nombreux touristes qui sont en train d’arriver.

« Car ce ne sont pas tous des gens bien. Mais il faut courir le risque. L’économie en a besoin ».

Un camion citerne passe, dont le moteur fait un bruit à réveiller les morts, obligeant mon interlocuteur à se taire. Puis ce dernier poursuit ses réflexions :

« Nos jeunes ne savent pas ce que coûte la santé et l’éducation, car ils sont nés avec ça dans la peau. Au Honduras, parmi le petit nombre qui peut aller à l’école, beaucoup y vont sans déjeuner, sans chaussures. A six ou sept ans, ils vont travailler en sortant de l’école ».

Il me dit qu’il sait que les dirigeants de la révolution se couchent et se lèvent en pensant comment faire pour améliorer la qualité de vie de tous.

Je marche, et derrière moi, deux jeunes Cubains racontent à une touriste que le 17 décembre a été un jour plus que spécial. Je tends l’oreille pour entendre que tous les médias avaient annoncé que Raul prendrait la parole à la mi-journée pour donner une nouvelle.

« L’attente a été angoissante, car nous pensions qu’il nous annoncerait la mort de Fidel. Mais ce qu’il nous a dit, c’était que les relations avec les États-Unis allaient être rétablies. Cela nous a surpris. Mais ce n’était rien par rapport à l’annonce de la libération des trois derniers antiterroristes. Un chœur de cris de joie s’est élevé dans tout Cuba. Nous sommes sortis dans la rue, les étudiants en particulier, pour fêter ça. Nos dirigeants ont de nouveau tenu parole : les Cinq sont revenus, comme l’avait promis Fidel ».

Hernando


Lire aussi les chroniques précédentes :

1- Havane novembre 2015

2- Le blocus au quotidien

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