Opposition vénézuélienne : trouble jeu

Opposition vénézuélienne : trouble jeu
Le 6 décembre, les Vénézuéliens voteront pour élire les cent soixante-sept députés de l’Assemblée monocamérale contrôlée par la majorité « chaviste » depuis 1999 – opposition vénézuélienne : trouble jeu analysé par Maurice Lemoine. (Medelu.org).

Opposition vénézuélienne : trouble jeu

Opposition vénézuélienne : trouble jeu
« PILE JE GAGNE, FACE TU PERDS »

Le 6 décembre, les Vénézuéliens voteront pour élire les cent soixante-sept députés de l’Assemblée monocamérale contrôlée par la majorité « chaviste » depuis 1999. Dans ce pays polarisé à l’extrême, ce que d’aucuns redoutaient, prévoyaient ou… espéraient (voire préparaient) s’est enfin produit le mercredi 25 novembre : à Altagracia de Orituco (État de Guarico), au terme d’un meeting électoral, Luis Manuel Díaz, secrétaire général local du parti Action démocratique (AD) – membre de la coalition d’opposition Table pour l’unité démocratique (MUD) – a été assassiné de plusieurs coups de feu tirés d’une auto. D’une certaine manière, la prophétie du marquis Mario de Vargas Llosa [1] dans le quotidien espagnol El País du 14 juin 2015 connaissait un début de réalisation :

« Bien que tous les sondages disent à présent que l’appui [au président Nicolás] Maduro ne dépasse pas 20 % de la population et que les 80 % restants se prononcent contre le régime, le triomphe de l’opposition n’est absolument pas garanti en raison des possibilités de fraude et parce que, dans leur désespoir pour s’accrocher au pouvoir, Maduro et les siens peuvent recourir à un bain de sang collectif, dont on a eu un avant-goût depuis le massacre des étudiants, l’an passé. »

La réunion publique au terme de laquelle a eu lieu, le 25 novembre, le « bain de sang » annoncé, s’est tenue, de fait, en présence de Lilian Tintori, l’épouse de Leopoldo López, dirigeant extrémiste du parti Volonté populaire (membre de la MUD) condamné récemment à treize ans et quatre mois de prison pour son rôle dans le déclenchement, en 2014, de l’opération « La Salida » (la sortie), destinée, par la violence, a forcer la démission du président Maduro.

Cette séquence de guérilla urbaine s’est soldée entre février et mai 2014 par la mort de quarante-trois personnes (dont huit membres des forces de sécurité et, dans la majorité des cas, des civils n’appartenant pas à l’opposition), plus de six cents blessés – et non, n’en déplaise au ci-devant marquis ultralibéral, par « un massacre d’étudiants ». Il n’empêche…

« Ils veulent me tuer », s’est immédiatement enflammée Lilian Tintori, pointant du doigt le gouvernement, tandis que, quelques minutes à peine après les événements d’Altagracia de Orituco, le dirigeant national d’AD, Henry Ramos Allup, à travers son compte Twitter @hramosallup, attribuait le meurtre « à des bandes armées liées au Parti socialiste unifié du Venezuela [PSUV]  » et que, dans la foulée, le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, y voyait « une blessure mortelle à la démocratie » et dénonçait « une stratégie d’intimidation de l’opposition ».
Le sang n’avait pas encore séché sur le lieu du drame – non à la tribune, au côté de Lilian Tintori, comme généralement rapporté, mais au pied et en retrait de l’estrade – que déjà les « sicaires » médiatiques entraient en action. « Selon les versions (sic !), M. Díaz a été tué d’une ou de plusieurs balles “qu’auraient tirées des militants pro-gouvernement”, mit immédiatement en ligne Courrier international (26 novembre), « copiant-collant » avec un professionnalisme digne d’admiration le site du journal vénézuélien d’opposition Tal Cual. Aussi prompt dans sa réaction,Le Monde.fr (avec AFP et Reuters) disserta sur « la mort de Luis Díaz, qui est attribuée au Parti socialiste (PSUV) au pouvoir ». «  Attribuée » par qui, sur quelle base ? « Tirez d’abord, vérifiez ensuite » : la sinistre formule des forces de répression vénézuéliennes sous la IVe République (1958-1998) devient la règle de conduite des pseudo paladins de l’information.

Il faudra attendre l’édition papier datée « 28 novembre » pour que la correspondante du Monde, Marie Delcas, rectifie le tir a minima, mentionnant en quelques lignes la version gouvernementale – « un règlement de comptes entre bandes rivales » –, avant de s’acharner sur la réponse indignée, très peu diplomatique, mais compréhensible, du président Maduro aux déclarations du secrétaire général de l’OEA – « Cela ne fait pas douze heures que l’enquête a démarré et voilà que cette ordure de Luis Almagro se prononce contre le Venezuela » –, avant de contextualiser la polémique à sa façon : « M. Almagro [a] été le ministre des relations extérieures du charismatique président uruguayen José “Pepe” Mujica. » Un homme « de gauche », on l’aura compris. A un oubli près – dû au manque de place, nul n’en doutera… Après la précédente diffusion par Almagro d’un document de dix-huit pages particulièrement hostile à Caracas au sujet de la crédibilité des élections législatives du 6 décembre, Mujica a désavoué son ex-collaborateur en lui adressant une sèche lettre de rupture, rendue publique et connue de tous : « Je regrette le cap que tu as choisi de suivre et je le sais irréversible, raison pour laquelle, maintenant, formellement, je te dis adieu et prends congé de toi [2].  »

D’après les premiers éléments de l’enquête, Luis Manuel Díaz, sorti de prison il y a deux ans, appartiendrait à une bande criminelle. Il faisait l’objet d’une investigation pour homicide et, de notoriété publique, était menacé de mort par des délinquants rivaux. Il ne militait au sein d’AD que depuis vingt-quatre mois, y ayant rapidement et curieusement (vu son pedigree) grimpé les échelons. On attendra ici la fin de l’investigation pour confirmer (ou infirmer) totalement ou partiellement cette version des autorités, parfaitement crédible et qui, sauf à manipuler grossièrement la relation des faits, mérite d’être portée au dossier. D’autant qu’un constat s’est rapidement imposé : aucun dirigeant de l’opposition n’a assisté aux obsèques du « martyr » récemment béatifié… (prudence compréhensible, trois suspects ayant depuis été arrêtés).

… Lire la suite sur Medelu.org (Mémoire des Luttes) : Le trouble jeu de l’opposition vénézuélienne et de ses amis

Auteur : Maurice Lemoine, le 3 décembre 2015.

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